C'était jour de marché, ce matin de juillet 1830 à Charleroi. Les étales, garnies de fruits, de légumes, de viandes, de poissons, semble respirer l'été. Joseph, chomeur, accompagnait son épouse Christine et ses deux enfants, aux milieux des étales organisés non loin des mines du bois du casier.

 
Il était particulièrement de mauvaise humeur ce jour-là. il n'avait toujours pas de travail et devait refuser la moindre pomme à ses enfants, mandiant qui, un fruit, qui, une saucisse sèche.
 
- Maudite industrialisation ! Pestait-il. Qu'ont-ils tous besoin de machines? Tu te rends compte Christine? Bientôt les machines auront remplacé l'homme! Mais c'est oublier un peu vite que moi j'ai le talent ! Qui peut forger comme moi? Qui peut porter des tuiles ou encore batîr un mur aussi bien que moi? Et pourtant rien! Pas une seule embauche depuis deux semaines. Et ce niait là, ce mangeur d'orange pour nous accabler d'impôt. Il taxe la bière comme si a elle seul elle pouvait remplir les caisses de l'etat. Pourtant, il l'aime notre bière pas vrai?
 
- Oui mon chéri !
 
Christine, son épouse savait qu'il ne servait à rien, quand son époux rentrait dans des discours politiques, d'essayer de discuter avec lui. Elle se contentait donc de laisser passer l'orage en aquissant à ses paroles.
Il faut dire qu'elle aussi commençait a détester le monde dans lequel elle vivait. Régulièrement elle se sentait envahir par un sentiment haineux vis-à-vis de ce gouvernement hollandais. Mais c'était dans l'air du temps. Après tout,il s'agit certainementd'une mode, 'aujourd'hui c'est Guillaume le responsable des maux de la région, demain ce sera l'industrie, plus tard encore la population trouverait certainement d'autres responsables à ce qui semble être la fatalité. "Doit-on reprocher au monde d'être monde?" avait-elle coutume de dire.
Et puis, dans quelques jours, tout son petit monde irait rendre visite à sa cousine, Marie Abts à Bruxelles. Elle attendait cela depuis des semaines, pour rien au monde elle ne voulait que ce moment de bonheur soit gachée par la mauvaise humeur de son mari.
 
Pourtant, parfois, il arrive que le destin d'un peuple croise celui d'une famille.
 
En effet, en ces mêmes journées où, Joseph et Christine se balladent dans les rues de Charleroi, une rumeur commence à se répendre dans les rues de la ville. Cette rumeur traverse les villes, les villages, entre dans les maisons, inquiète les mères, allimente les conversations des pères, amuse les enfants et petit à petit, soulève les foules. Les journaux en fond les gros titres : Une révolution éclate en France... En quelques heures le pouvoir du Roi de France Charles X chavire. En France c'est les trois glorieuses. En Belgique c'est le début des troubles.
 
Ce soir là Joseph, assis sur un petit tabouret, ralait de plus belle...
- Tu te rend compte? LA France est encore en révolution. Si cela continue, il faudra qu'il mettre autre chose que leur chef d'état sur leur monnaies... cela doit leur coûter une fortune de changer si souvent.
Tiens donc, dit Christine, les français maintenant? Elle ne pouvait s'empêcher de sourire, même si les troubles en France l'inquiétait un peu, elle restait persuadée que son mari exagérait une petit peu. Après tout à quoi cela servait-il de faire la révolution? Un Roi en chasse un autre, un député guillotiné en remplacera un autre, alors à quoi bon?
Debout devant le petit poêle à charbon qui lui servait de cuisinière, elle écossait les haricots avant de les jettes dans une grande casserole remplie d'eau chaude. il y aura du potage au menu. Tout en s'affairant dans la cuisine, elle regardait son mari s'activer autour d'une feuille de papier et d'une plume d'oie.
-Christine, dit-il en en soulevant la feuille entre ses deux mains.
" Amis Carolos, êtes vous moins valeureux que nos voisins français? Eux qui en trois jours on changer de Roi, eux qui ont eu le courage de sortir dans les rues pour chasser l'oppresseur sont-ils mieux nés? sont-ils plus sages? Sont-ils plus courageux que vous? Nous devons tous nous unir, sortir du bois où l'on nous a enfermé depuis 15 ans déjà. Ensemble nous botterons le cul de ce bouffeur d'orange et lui réclameront les mêmes droits que les hollandais"
Qu'en penses-tu dit-il enfin visiblement heureux de son texte.
Christine déposa l'haricot qu'elle écossait, frotta ses mains sur son tablier et s'approcha de son mari. Elle l'invita à s'assoir sur le petit tabouret qui se trouvait prêt de la table à manger. A genoux, elle lui retira les sabots et commença à lui masser les pieds. Au bout de quelques secondes de silences qui parurent terriblement longues à Joseph, elle osa:
- Tu ne penses pas que tu risques des ennuis à écrire ce genre de choses?
- Il faut bien que quelqu'un le fasse, non? dit Joseph tout en appréciant le massage de son épouse.
- Et, il faut que cela soit toi? demanda Christine avec douceur
- Mais il n'y a pas que moi, nous sommes des dizaines, peut-être des centaines à travers la région. Nous devons demander plus d'autonomie. Nous devons à terme être capable de nous gérer seule.
- Et c'est toi, petit maçon de Charleroi qui va changer le monde? questionna Christine tout en continuant son massage des pieds.
- Je ne veux pas changer le monde répondit Joseph, je veux juste un emploi et ne pas être écrasé de taxe.
- Et tu penses que si notre région avait une plus grande autonomie, nous aurions plus à manger dans nos assiettes?
Joseph se leva d'un bon, poussa un juron et fit le tour de la table.
- Bon sang, le plus important n'est pas d'avoir à manger, le plus important c'est l'honneur, c'est que nos provinces ne peuvent pas se laisser traiter comme les idiots du village! Je ne veux pas être celui qui reçoit les gifles et qui dit merci.
Christine, comprenant que lorsque son mari était excité à ce point, il ne servait à rien de discuter. Sa passion semblant communicative, elle décida d'être d'accord avec lui.